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Eric Tabarly est
né le 24 juillet 1931 à Nantes.
Il découvre la voile à l'âge de 3 ans à bord d'ANNIE,
le bateau familial.
En 1938, Guy Tabarly, son père, achète le célèbre Pen
Duick, un cotre en bois de 15 mètres, qui donnera leur
nom aux bateaux les plus prestigieux de la carrière
d'Eric.
L'année suivante, Guy Tabarly est mobilisé ; Pen Duick
est alors désarmé et laissé à l'abandon. Après des
études en demi-teinte qui ne le passionnent guère, Eric
obtient la première partie du bac mais échoue à
l'examen final.
En 1952, il s'engage dans l'aéronavale et réussit à
convaincre son père de lui offrir Pen Duick en lui
promettant d'utiliser sa solde pour remettre le bateau à
flots. Il choisira même de passer un an en Indochine,
afin d'augmenter son salaire et de pouvoir restaurer plus
vite son voilier !
En 1958, après une première tentative infructueuse, il
est reçu au concours d'entrée de l'Ecole Navale, d'où
il sortira 4 années plus tard officier de Marine... et
dernier de sa promotion !
En 1963, il décide
de courir la deuxième édition de l'OSTAR, la Transat
Plymouth - Newport, et fait construire pour cette
occasion un ketch de 13,60 m qu'il nommera Pen Duick II.
Beaucoup d'observateurs s'étonnent de la longueur de son
bateau et se déclarent pessimistes quant à ses chances
de réussir à le manoeuvrer en solitaire sur une si
longue distance.
On connaît la suite : Eric Tabarly remporte la course
après 27 jours de traversée, pulvérisant au passage le
record établi par Sir Francis Chichester lors de la
Transat précédente, en 1960 : celui-ci avait gagné la
course en 40 jours et 12 heures...
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La victoire de Tabarly fait l'effet d'une bombe dans le
monde entier: qu'un Français batte les Anglais dans un
domaine qui semblait être leur spécialité exclusive,
et à l'occasion d'une course anglaise, voilà qui
bouleversait tous les clichés... et tous les pronostics
! Une pluie d'honneurs s'abat alors sur les larges
épaules du timide Tabarly, qui n'en demandait sans doute
pas tant : le voilà citoyen d'honneur de la ville de
Newport, et décoré de la croix de Chevalier de la
Légion d'Honneur pour "fait exceptionnel".

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Un an après cette victoire, il est
détaché au Ministère des Sports.
Sa fonction, en tant qu'officier de marine, va revêtir
alors une forme bien différente, et nettement plus
conforme à ses aspirations : désormais, son rôle
consistera à représenter la France dans les grandes
courses internationales. C'est ainsi que toute une
génération de conscrits, parmi lesquels figurent Olivier de
Kersauson, Philippe Poupon, Marc Pajot, Titouan Lamazou,
etc., feront leur service militaire en tant qu'équipiers
des Pen Duick !
Il participe à quelques autres courses sur Pen Duick II
et obtiendra des résultats mitigés, malgré quelques
changements destinés à adapter le bateau à la
navigation en équipage.
Il décide alors de construire un nouveau voilier, une
goélette de 17,45 m: Pen Duick III, avec lequel il
remportera un nombre impressionnant de victoires, si bien
qu'il se classera premier du championnat anglais RORC -
en gagnant notamment le célèbre Fastnet. Il n'hésitera
pas à convoyer très loin son bateau pour une seule
course, et remportera ainsi la classique Sydney-Hobart.
Comme pour Pen Duick II, Tabarly modifie le gréement de
Pen Duick III au fil des courses, l'adaptant aux
spécificités de chacune d'entre elles ; la plupart de
ses innovations se révèleront payantes. Beaucoup
d'entre elles lui sont inspirées par son excellente
connaissance de l'Histoire maritime, qui lui permet
d'exploiter des idées ébauchées par ses
prédécesseurs et d'en tester de nouvelles qui, à leur
tour, seront largement utilisées par la suite - aussi
bien en course que pour la plaisance.
Dans cette optique, il essaye en 1966 le trimaran
"Toria", et en conclut que les multicoques
doivent surpasser en vitesse les monocoques. Il lance
alors la construction de Pen Duick IV, un trimaran dont
il fixe la longueur à 20 mètres ! Il l'engage dans
l'édition 68 de la Transat qui a fait sa gloire quatre
ans plus tôt, mais les grèves qui paralysent le pays
retardent de beaucoup les travaux, et le bateau est
insuffisament préparé. De plus, une collision avec un
cargo, peu après le départ, le contraint à l'abandon.
Cette déception sera compensée par le palmarès de Pen
Duick IV qui apportera d'autres satisfactions à son
propriétaire - il battra notamment le record de la
traversée Los Angeles - Honolulu. Le trimaran finira par
gagner la Transat, en 1972, mais aux mains de son nouveau
propriétaire et skipper Alain Colas. Six ans plus tard,
l'homme et le bateau - rebaptisé "Manureva" -
disparaîtront au cours de la première édition de la
Route du Rhum.
En 1969, Tabarly décide de participer à la
Transpacifique en solitaire, qui relie San Francisco à
Tokyo. Pour cette course, il met en chantier Pen Duick V,
un monocoque de 35 pieds - longueur maximale autorisée
pour cette course - auquel il applique une invention de
son cru : les balasts. Il s'agit de réservoirs disposés
sur tribord et babord, d'une contenance de 500 litres
chacun, qui peuvent être remplis et vidés d'eau de mer
au moyen d'une pompe manuelle. Aux allures de près, il
suffira de remplir les ballasts au vent pour ajouter 500
kg qui remplaceront un équipage au rappel. Gràce à
cette technique, le poids du lest pourra être réduit,
ce qui diminuera considérablement le déplacement total
du bateau. Cette légèreté favorisera la vitesse du
monocoque au portant, quand les ballasts seront vides.
Cette innovation sera payante: Tabarly remporte la course
avec... 11 jours d'avance sur le second, Jean-Yves
Terlain, et avec une telle avance sur les prévisions les
plus optimistes que son arrivée se déroulera dans la
discrétion la plus totale... Plus tard, les
organisateurs de la course lui avoueront qu'ils
n'attendaient aucun concurrent avant au moins une semaine
!
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Pen-Duick
VI © Christian
Février
Au cours des
années suivantes, Eric Tabarly continue à remporter
régulièrement des victoires aux quatre coins du monde,
avec le vieux Pen Duick III qu'il métamorphose de course
en course.
Parallèlement, Tabarly met en chantier Pen Duick VI, un
ketch de 22,25 m conçu pour courir la Whitbread - Course
autour du monde en équipage et avec étapes - dont la
première édition aura lieu en 1973. Le maxi souffrira
de défauts de jeunesse, ainsi que d'une incroyable
malchance : il démâtera deux fois, d'abord au cours de
la première étape, puis pendant la troisième ; ce
dernier "incident" contraindra Tabarly à
abandonner l'épreuve. Quelques observateurs ironisent
sur les capacités de ce maxi dont on disait tant de bien
lors de sa mise à l'eau...
Cet échec sera largement effacé quelques années plus
tard: c'est avec le même Pen Duick VI que Tabarly
remportera la victoire la plus éclatante de sa
carrière, au point que lui-même avouera en être
particulièrment fier. Il décide en effet de participer
à la Transat de 1976, sur ce maxi prévu pour être
manoeuvré par un équipage de 14 hommes. Cette
décision, un peu folle a priori, se révèlera payante :
alors que tout le monde donne pour favori Alain Colas sur
son "Club Méditerrannée" de 72 m de long,
Tabarly remporte la course, malgré des conditions
météorologiques désastreuses (3 grains de force 10 !)
et une série d'avaries impressionnante - dont la perte
de son pilote automatique. Le retour en France est encore plus
triomphal qu'en 1964... et encore plus éprouvant pour
Tabarly le discret, qui se voit obligé de descendre les
Champs-Elysées, assis à l'arrière d'une décapotable,
devant des millions de spectateurs déchaînés qui
hurlent leur enthousiasme. Eric avouera au micro d'Europe
1 que cette traversée fut pour lui beaucoup plus
difficile que la Transat elle-même !
Cette victoire sera sa dernière, du moins en tant que
skipper. Après le sixième Pen Duick, une certaine
malchance s'abattra sur les bateaux suivants : ceux de
l'ère des sponsors. Pour l'OSTAR 1976, Tabarly avait
prévu de mettre en chantier un trimaran à foils -
sortes d'ailerons placés sous les flotteurs qui doivent
permettre au voilier de "décoller" à partir
d'une certaine vitesse, l'ensemble ne reposant alors que
sur les foils. Une maquette de 6 m 90 donne des
résultats encourageants: Tabarly réussit effectivement
à "voler" au-dessus de l'eau. Mais la
construction de son équivalent en taille
"maxi" - 17 m - pose de nombreux problèmes,
sur les plans technique et financier. Le trimaran
n'étant pas prêt pour la Transat, Tabarly avait dû se
"rabattre" sur Pen Duick VI, avec le succès
que l'on sait. Par la suite, pour des raisons
essentiellement financières, il se verra contraint de
renoncer à certaines subtilités techniques; le
fonctionnement du bateau s'en ressentira.
En 1979, il trouve enfin un sponsor: le trimaran
s'appellera Paul Ricard. En guise de test "sur le
terrain", il s'engage dans la Transat en double avec
Marc Pajot. Le trajet de cette course part de Lorient,
contourne les Bermudes et revient à son point de
départ. Pajot et Tabarly mèneront cette double Transat
presque de bout en bout... avant de se faire dépasser à
5 minutes 42 secondes de l'arrivée par le trimaran VSD,
aux mains de Riguidel et Gahinet ! Un an plus tard,
Tabarly doit renoncer à courir la Transat 1980 sur Paul
Ricard: il s'est cassé une épaule... au ski ! Il confie
le bateau à Marc Pajot, qui finit la course quatrième.
Tabarly se rend alors à Newport en avion, afin de
récupérer le bateau et le ramener en France. Au dernier
moment, il décide de tenter de battre le record de
l'Atlantique entre New York et le Cap Lizard, détenu
depuis 1905 par Charlie Barr sur la goélette
"Atlantic". Il réussira son pari, pulvérisant
le record en 10 jours au lieu de 12. Cette nouvelle
victoire "réhabilitera" Paul Ricard que
beaucoup jugeaient plus ou moins raté. Quant aux
honneurs dus au skipper... les journalistes, débordés,
ne savent plus où donner du superlatif !
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Mais Tabarly est frustré d'une victoire qui
lui a déjà échappé à plusieurs reprises avec Pen
Duick VI: la Whitbread. Il prend le départ de l'édition
1985 sur un superbe maxi rouge, sponsorisé par un
chocolatier belge: Côte d'Or. Le résultat en sera
décevant: il finira 4ème en temps réel. Le bateau
suivant, Côte d'Or II, amènera aussi son lot de
désillusions... et de frayeurs: lors de la Route du Rhum
1986, Tabarly est victime d'une grave avarie qui
l'oblige, pour la première fois de sa carrière, à
lancer un appel de détresse et à demander assistance.
Il sera récupéré par le bateau le plus proche de lui
au moment de l'incident: un certain... Pen Duick VI,
skippé par Arnand Dhalenne, un de ses anciens
équipiers, qui suit la course dans le cadre de son club
de croisière avec un équipage constitué uniquement de
stagiaires - certains de ceux-ci n'en sont toujours pas
revenus... L'année suivante, Eric Tabarly s'engage
avec son frère Patrick (ci-contre
à gauche, photographie Christian
Février) dans la course en double La Baule
- Dakar. Le résultat sera encore pire: le trimaran va
sancir - c'est-à-dire chavirer cul par dessus tête - et
les deux frères devront à nouveau être récupérés,
cette fois-ci juchés sur la coque retournée de leur
bateau !
Ces mésaventures ne découragent pas le skipper -
célèbre entre autres pour son entêtement ! En 1989, il
prend le départ de la Transat en double Lorient - St
Barth - Lorient sur Bottin Entreprise, avec Jean Le Cam.
Ils arrivent deuxièmes à St Barth, puis mènent la
course au retour... avant de sancir à nouveau ! Pour
Tabarly, ce chavirage se passera encore moins
"bien" que le précédent: il se cassera une
clavicule en dégringolant du pont du bateau, alors que
celui-ci est à la verticale.
Après cette nouvelle mésaventure, Eric finit quand
même par se déclarer écoeuré des multicoques
modernes, et jure qu'on ne le reverra plus sur un de ces
engins, qu'il juge trop dangereux... Il tiendra parole en
ce qui concerne les multicoques, mais on le reverra au
commandement d'un monocoque : en 1994, il embarque sur
"La Poste", engagé dans la Whitbread, où il
remplace Daniel Mallé dont l'équipage s'est quasiment
mutiné ! L'autorité naturelle de Tabarly, tout en
bonhommie et avare en directives, calmera instantanément
les esprits.
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Sa dernière course a lieu en 1997:
il embarque avec Yves Parlier sur le 60 pieds
"Aquitaine Innovations"... en tant qu'équipier
! Il explique ce choix avec son humilité habituelle dans
son autobiographie "Mémoires du large" :
"Même si, physiquement, je n'ai plus la forme d'il
y a quelques années, je crois pouvoir toujours
manoeuvrer correctement. En tout cas, je ferai mon
maximum pour ne pas décevoir." Effectivement, son
public ne sera pas déçu: les deux acolytes remportent
la course ! Aux journalistes qui, enthousiastes,
l'interrogent sur son avenir sportif, Eric répond
timidement: "Vous savez, c'est peut-être ma
dernière course... Sûrement, même..." Malheureusement,
l'avenir lui donnera raison : dans la nuit du 12 au 13
juin 1998, il tombe à l'eau au cours d'une manoeuvre sur
son vieux Pen Duick, alors qu'il le convoyait en Ecosse
pour participer à une régate d'anciens gréements. On
retrouvera son corps cinq semaines plus tard.
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